Pierre Ambroise Bosse ou le seul espoir français du 800 mètres, n’avait jamais dépassé le stade des rêves dans les compétitions internationales. Jusqu’au 8 août dernier, où l’irrationnel s’est révélé être plus que réel. Une course d’anthologie, pour reprendre le champion, qui permet de débloquer le compteur de l’équipe de France de la plus dorée des façons. 

Ce mardi 8 août, le demi-fondeur nantais devient le héros national en 1’44″67. A 25 ans, Pierre Ambroise Bosse, ou PAB, est le premier français sacré champion du monde au 800 mètres et entre dans le panthéon des athlètes français médaillés d’or. Un exploit difficile à prévoir au vu de sa saison très mouvementée: blessures, changement d’entraîneur et qualification aux Mondiaux à l’arrache.

Un périple compliqué

Après le divorce à l’amiable avec son entraîneur, le Nantais est victime d’un accident de voiture en automne qui réveille une douleur chronique aux ischio-jambiers, toujours présente pour son été londonien. Ce n’est seulement qu’en janvier que PAB reprend sa préparation sous le soleil australien. Mais en mai, une nouvelle blessure qui atteint sa hanche, vient perturber sa saison. Forfait pour la plupart des meetings en juin, il ne parvient pas non plus à se qualifier lors de sa reprise le 1er juillet, avec un chrono en dessous du minima pour les Championnats du Monde. N’ayant pas participé au Championnat de France à Marseille pour soigner ses ischios douloureux, le meeting de Monaco était son dernier espoir de qualification. Il réussit sans l’ombre d’un stress mais reste lucide: « Il faudra sortir le grand jeu à Londres mais un miracle reste possible. »

 « Je serai prêt pour Londres et le podium. Quatrième, c’est déjà fait. »

Ses objectifs sont clairs : « Je serai prêt pour Londres et le podium. Quatrième, c’est déjà fait. » Une pointe d’arrogance bien à lui qui fait sourire autant ses admirateurs que ses détracteurs. Arrivé à Londres, sans son passeport oublié à Paris, le PAB show commence. Il se qualifie pour les demi-finales du 800 mètres sans grande difficulté. Mais la sélection en demi est plus rude: 8 qualifiés pour 24 participants. Le Nantais termine troisième de sa course et se qualifie donc au temps avec un honorable chrono d’1’45″63. Au final, il signe le quatrième meilleur temps des demi-finales confondues et accède à la finale tant convoitée.

«J’étais encore un peu nerveux au départ, a déclaré Bosse. Même si c’est encore de justesse, l’important, c’est que je passe. On va voir dans deux jours si le mec va encore en finale pour morfler ou pour autre chose. Je ne vous le cache pas, ça a été un calvaire aujourd’hui. J’ai bien morflé dans cette course. Je suis très déterminé pour la finale. Je pense que la fatigue va être inhibée

A la veille du grand jour, PAB n’a encore gagné aucune de ses courses sur la piste londonienne… Une statistique, bien loin d’être rassurante.

Le jour de gloire

Alain Lignier est l’invité de francetv pour commenter la finale de son poulain. Aucun plan d’annoncé ou même prévu. Une seule consigne: ne pas accélérer avant les 600 mètres. Un conseil que beaucoup suivent car il est compliqué d’accélérer pendant plus de 250 mètres. « Avant la course, on lui a dit : « Ne pars pas de trop loin surtout pas aux 300 mètres. » Il nous a répondu: « Ah bon, alors je pars dès 299, ça j’ai le droit ? ».  »

Arrive la pression du départ. Un simple clin d’œil à la caméra avant de donner son âme à la piste. La course est rapide, McBride en tête signe un 400 mètre en moins de 51″. PAB s’accroche mais le podium semble hors de portée. Cependant, arrivé à 500 mètres, le français est sixième juste devant l’excellent polonais Adam Kszczot. A pourtant 300 mètres de l’arrivée, il tente sa chance et commence son sprint. Il surprend ses adversaires avec cette accélération précoce. La crainte d’un essoufflement fatal se fait ressentir chez les supporters. Une tension s’installe. Il dépasse un à un ses adversaires. Il reste 200 mètres. A toute allure, il court vers la ligne d’arrivée sans se retourner. Il s’imprègne des encouragements sur le bord de la piste de son compatriote Renaud Lavillenie, en pleine compétition de perche. Plus que 100 mètres. Personne n’arrive à le rattraper, il semble intouchable.  Il n’y croit pas, nous non plus. L’exploit est grand. Sa victoire est retentissante. Sa course pleine d’audace et de talent.

 

Une interview à la Bosse

L’émotion est encore présente plus tard quand Nelson Monfort interroge le champion du monde. La joie débordante de PAB est contagieuse. Il réalise une interview accompagné de Renaud Lavillenie (malheureux troisième du saut à la perche) mémorable, comme presque tous ses discours assez déjantés. Un petit florilège proposé par france info à ne pas manquer ! 

Et pourquoi pas moi ?

Un petit prince est né

Le Nantais savoure pleinement sa victoire auprès des spectateurs du stade. Les plus belles victoires sont les plus inattendues. L’humilité, la simplicité, l’humour et le talent résument notre nouvel héros national. Pas encore de projets de fin de saison ? Qu’importe ! Laissons-le flâner encore un moment sur le toit du monde au plus près des étoiles.