Il y a un an, les deux légendes vivantes du tennis, Rafael Nadal et Roger Federer, semblaient déchus de leur trône, à jamais rangés au placard. Respectivement neuvième et seizième au classement ATP en fin d’année 2016, leur pire résultat depuis le début des années 2000, pour la plupart des observateurs, leur destins étaient scellés. Cependant, les deux titans ont imposé leur suprématie sur le circuit pour revenir aux deux premières places. Récit de l’ascension fulgurante des deux étoiles qu’on croyait éteintes.

 

Janvier : L’open d’Australie, la prémonition

Premier tournoi du grand Chelem de l’année, les favoris habituels (Murray, Djokovic, Wawrinka…) sont surpris par la jeunesse et tombent. Les aînés, par leur expérience, se hissent sans encombre en haut du tableau. Le rêve du retour de l’affiche Nadal-Federer se concrétise. Leur dernière finale de cette importance remonte alors à la victoire du Majorquin à Roland-Garros, en 2011. Un goût d’antan très agréable ressuscite sur les terrains australiens. Les deux joueurs offrent un match époustouflant en produisant leur meilleur jeu et un combat mémorable de cinq sets. Au final, le Suisse l’emporte avec un panache, dont il a coutume, et un fair-play sans faille. Mais, cette rivalité renaissante devait prédire la suite de la saison.

Juin : Roland-Garros, la quête

Animé par une mission, l’Espagnol terrasse chacun de ses adversaires, sans grande difficulté, en ne perdant aucun set. Il décroche ainsi sa troisième decima sur terre battue. L’exploit est énorme. Les statistiques s’affolent. L’hégémonie est divine. L’ogre de l’ocre a faim de victoires et a retrouvé la rage de vaincre. Sa philosophie de puissance de jeu et de travail, des effets de balles, font du Taureau de manacor le deuxième meilleur joueur du moment au classement ATP.

Christophe, 50 ans, éducateur sportif, confie que « les caractéristiques du jeu de Nadal sont la vitesse et la puissance. Son mental permet de compenser les faiblesses physiques de son âge. C’est pour ça que c’est un grand joueur et qu’il crée l’évènement même sur les surfaces où on l’attend le moins. Il continue de trouver des motivations pour gagner, malgré son palmarès très complet ».

Juillet : Wimbledon, le sacre

Imitant son homologue sur sa surface de prédilection, Roger Federer abat ses concurrents avec une facilité effarante. Comme le Majorquin, le Suisse ne concède aucun set lors du tournoi. Le roi Federer soumet les jeunes à ses nombreuses victoires, ne leur laissant que peu de places pour s’illustrer.

Contrairement à l’Espagnol, le Prince de Wimbledon favorise plus la technique que la puissance. Son retour surprend ainsi moins les Lillois, comme le témoigne Corentin, 21 ans, accro du tennis :

« Le jeu de Federer veut qu’il ait plus de chance de rester au top. Il a un jeu plus fin, axé sur la technique et la tactique. Bien sûr, cela n’enlève en rien la beauté de l’exploit mais je trouverais plus surprenant à l’avenir que Rafael Nadal gagne un grand Chelem ».

Septembre : L’US Open, l’apothéose

La prophétie s’est réalisé hier soir, avec la 16ème victoire en grand chelem de Nadal. Avec la décadence des anciens favoris, le titre n’était pas un rêve irréalisable pour les jeunes talents et pour nos deux revenants. Les innombrables forfaits du top 10, laissaient un tableau déséquilibré mais ouvert. En effet, depuis dix ans, le Big Four n’a pas laissé beaucoup de places aux nouvelles pépites vite découragées par cette domination.

La domination s’est confirmé, Nadal, Federer et Thiem tiennent leur rang et se faufilent avec une facilité plus ou moins nette. Les New-Yorkais, n’ayant jamais eu le droit à l’affiche Majorque-Suisse, commencent à percevoir le choc se profiler. Mais un certain Juan Martin Del Potro, plein de confiance après avoir fait tombé la première tête de série, est venu jouer les trouble-fête en battant sans appel le Suisse. L’Arthur Ashe Stadium tremble à l’arrivé de la demi-finale inattendue, qui oppose l’Argentin à l’Espagnol. La tendance étant à la désillusion, Nadal doute au premier set. Au premier set, seulement. Il se retrouve donc en finale face au Sud-Africain Kevin Anderson. Un match à sens unique, dans lequel Nadal augmente son niveau de jeu à chaque coup de raquette. Le Majorquin décroche ainsi son seizième titre en grand chelem et son deuxième de l’année.

Le monde du tennis bouge en un rien de temps, et c’est souvent le mental et l’envie qui font la différence. Il semble que, dans cette discipline, la faim justifie les moyens. Un conseil que devrait suivre les jeunes joyaux qui manquent à l’appel dans cette joute tennistique.

Nul doute que les deux vétérans soient rassasiés pour la saison prochaine. Les jeux du trône ont repris et ont comme meneur Nadal et Federer.