La guerre de 1870 ça vous dit quelque chose ? Si la dépêche d’Ems ou la Commune de Paris ne vous parlent vraiment pas, ce ne sera bientôt plus le cas.

Vivement intéressé par l’histoire, et plus particulièrement par celle des conflits des deux siècles derniers, j’avais à cœur d’écrire une chronique afin de vous éclairer sur cette guerre tombée aux oubliettes, et qui fait pourtant partie intégrante de l’histoire de notre pays. Vous avez peut-être parfois déjà entendu vos professeurs la mentionner brièvement, mais elle reste toutefois très méconnue, alors même qu’elle a eu des effets majeurs sur le cours de l’histoire de l’Europe. Cette rapide présentation étant faite, il est temps de s’intéresser aux causes, aux conséquences et au déroulement de cette opposition franco-allemande qui marqua le premier opus d’une triple confrontation qui allait s’achever en 1945.

Présentation du contexte géopolitique

A l’époque, la configuration géopolitique de l’Europe occidentale est bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Si la France possède un territoire plus ou moins similaire à celui de nos jours, ce n’est pas le cas de l’Allemagne, qui n’est qu’un regroupement de provinces indépendantes.

La Prusse, la plus puissante et influente de ces semi-états, est à la tête de la Confédération de l’Allemagne du Nord, qui comprend, comme son nom l’indique, les provinces du nord, comme la Saxe, par exemple.

Au sud, il n’y a que peu d’unité. La Prusse veut remédier à ce problème de division. Elle n’a pas hésité à déclarer la guerre et à écraser l’Empire d’Autriche en 1866, pour se défausser d’un ex-allié jugé encombrant. Une nouvelle volonté de réunification va naître de la part de cet ensemble composite.

Causes et enjeux du conflits

Dans ce contexte, quoi de mieux qu’une guerre pour réunifier l’Allemagne et en faire une nation unique et puissante? C’est en tout cas la conviction intime d’Otto von Bismark, Chancelier de la Confédération et ministre président prussien. S’il est officiellement au service du roi de Prusse, Guillaume Ier, c’est bien lui qui détient le plus de pouvoirs, notamment en matière de gestion militaire. Il ne lui manque qu’un prétexte pour déclarer une guerre d’envergure suffisante, pour réveiller le sentiment national. Le voisin français est l’adversaire idéal. Un troisième pays va alors rentrer en scène. Il s’agit de l’Espagne, qui va être le dernier pion manquant de la stratégie de Bismark.

Guillaume Ier et Otto Von Bismark

En 1868, une révolution a renversé la famille royale espagnole. Le siège de monarque est vacant, et le gouvernement provisoire a besoin d’un monarque. La Prusse va proposer la candidature de Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, petit cousin de Guillaume Ier. Napoléon III est alerté par la nouvelle. En effet, une telle alliance entre les deux pays et la création d’un axe Madrid-Berlin, et la France serait encerclée par ces éventuels ennemis. Il envoie prestement des émissaires chargés de faire renoncer le prétendant à sa candidature. Il tente également de rencontrer Guillaume Ier par le biais de l’ambassadeur de France, le comte Benedetti. Le but de cette entrevue serait de faire promettre au roi de ne plus placer de membres de sa famille sur le trône d’Espagne. Le Prussien refuse, et fait parvenir, par dépêche, sa décision à Bismark. Ce dernier décide de jeter de l’huile sur le feu en la modifiant, de sorte qu’elle devienne insultante à l’égard des Français. C’est la dépêche d’Ems, baptisée ainsi à cause de la ville d’où l’a écrite Guillaume, alors qu’il était en congé.

Elle va avoir l’effet escompté par Von Bismark. Les Français se sentent humiliés. Cet écrit, qui a piqué Napoléon dans son orgueil, sonne le début des hostilités. Le 9 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. C’est le début de la grande « débâcle ».

Le déroulement et les faits marquants

La guerre de 1870-1871 en carte: mouvements des armées et batailles

La France est prête pour les combats futurs, ou du moins le croit-elle. Selon les mots du maréchal Leboeuf, alors ministre des armées, « il ne manque pas un bouton de guêtre » à l’armée française, pour s’en aller battre aisément son adversaire. Erreur monumentale de calcul. En réalité, elle est sous-équipée et mal commandée par de mauvais officiers, sans même parler de son infériorité numérique au moment de son entrée en guerre tout du moins (elle aura mobilisé plus d’hommes que son adversaire pendant toute la durée des combats).

La Prusse, quant à elle, a levé une armée disciplinée et qui maîtrise l’artillerie moderne. Elle franchit le Rhin et s’attaque aux lignes françaises. L’armée napoléonienne subit de lourdes défaites, en plus de mal exploiter ses maigres victoires. La stratégie mise en place n’est pas au point, s’appuyant trop sur la chance. Les officiers qui fuient leurs responsabilités ne possèdent même pas une carte de leur propre pays pour coordonner les déplacements ! 

Napoléon III (à gauche) et Otto Von Bismark (à droite) en pleine discussion sur cette peinture de Wilhelm Camphausen (1878)

Napoléon III est désemparé, souffrant de graves problèmes de santé (on devait le hisser et l’attacher à son cheval !), il va chercher la mort sur les champs de bataille. Il vole au secours du général Bazaine, encerclé par les Allemands, à Metz. Forcé de se replier à Sedan avec son armée, il perdra, le 2 septembre, la dernière bataille du Second Empire, et rendra les armes.

Le 4 septembre, en réponse à l’échec du Second Empire, la Troisième République est proclamée. Un gouvernement provisoire et républicain de Défense nationale est mis en place, dirigé par Léon Gambetta, il va continuer le combat.

Cette initiative désespérée aboutit à la formation d’armées de réserve, qui résisteront un temps aux Allemands (ex : l’armée de la Loire et l’armée des Vosges). Gambetta, âgé d’une trentaine d’années seulement, se réfugie à Tours pour superviser cet ultime acte de résistance.

Léon Gambetta

Léon Gambetta

Toutes les dernières places fortes et villes de France tombent peu à peu. L’armée allemande s’est ouvert la voie jusqu’à la capitale. Le siège de Paris commence, le 19 septembre. Paris est affamée, acculée derrière ses murailles. La ville défendue vaillamment par l’ensemble des hommes en âge de se battre. Le 17 février 1871, le pouvoir est confié à Adolphe Thiers, qui va entamer une période de négociations avec l’ennemi, visant à restaurer la paix. Un traité préliminaire d’armistice est conclu le 28 février 1871, entre le gouvernement de Défense nationale et l’Allemagne. La France doit finalement capituler et discuter des modalités de sa défaite, que l’Allemagne veut humiliantes. Le 1er mai, l’armée allemande défile sur les Champs Élysées, comme un symbole de sa victoire totale. Le 10 mai 1871, la France signe le traité définitif de paix à Francfort. Celui-ci exige des réparations importantes du vaincu au vainqueur, mais la pire humiliation est l’amputation causée à la France, de l’Alsace et de la Lorraine…

Adolphe Thiers

La Commune de Paris

 Elle est proclamée le 21 mars 1871 à la suite d’une insurrection du peuple de Paris, contre le gouvernement de Thiers, qui s’établit à Versailles. Son mode de fonctionnement est proche de l’autogestion, il s’agit d’un système démocratique, émanant notamment du prolétariat. Il est soutenu par de grands penseurs et théoriciens communistes, tel que Karl Marx.

Communards derrière une barricade de fortune à Paris

Bismark est désireux d’en finir. Il libère 60 000 prisonniers de guerre français, pour permettre aux Versaillais de Thiers, de reprendre Paris aux communards. Après un second siège, cela est  fait en près de deux mois. Les Versaillais se livrent alors à une série d’exécutions de masse, afin de punir l’insurrection dans Paris. C’est la Semaine sanglante, qui s’étale du 21 au 28 mai 1871. Elle met fin à la Commune et correspond à la mise en place réelle de la Troisième République, dont Adolphe Thiers est le premier président.

Les conséquences de la guerre

On peut attribuer à cette guerre de multiples conséquences, plus ou moins tragiques, sur le cours de l’histoire.

Des conséquences directes d’abord, avec en plus du bilan humain désastreux, notamment côté français (on l’estime à 140 000 morts), la réunification de l’Allemagne, comme escomptée par Bismark, et l’avènement, en France, de la  Troisième République.

S’il serait naïf d’en faire l’unique raison justifiant le premier conflit mondial, il n’est pas à écarter que l’humiliation subie par les armées françaises, et surtout la perte de l’Alsace-Lorraine, aient laissé des traces et un sentiment de revanche. On peut donc affirmer que cette défaite a sans doute pesé et a facilité la décision de la France d’entrer en guerre, en 1914. Elle correspond indéniablement à un signe avant coureur du déchainement de violence qui allait avoir lieu au  XXème siècle, dont elle fut même l’une des rampes de lancement. La révolte de la Commune, bien que de courte durée (deux mois), inspirera, elle, d’autres mouvements communistes d’ampleur, comme la révolution russe de 1917.

Jean Péchereau