Qu’on en soit fan, simple amateur ou désintéressé, Star Wars est profondément ancré dans l’imaginaire collectif, et reste une indéniable et sans égale référence de la science-fiction.  Le 13 septembre marquait la sortie en salle, en France, du nouvel opus de la saga intergalactique mythique.

Quarante ans après la sortie d’ « Un nouvel espoir », le premier épisode, ce nouvel épisode déchaîne toujours les passions. Rachetée en 2012 par Disney, la franchise avait entamé une nouvelle trilogie de films prenant la suite de la trilogie originale de George Lucas. Ainsi, le très controversé  « Star Wars : Le réveil de la force » avait vu le jour en 2015, piloté par le réalisateur JJ Abrahams. Cet épisode 8, oeuvre de Rian Johnson, en prend directement la suite.

Avant d’aborder les derniers Jedi, je reviendrai donc sur son prédécesseur, afin de faciliter la remise en contexte et avant d’attaquer la critique des points positifs et négatifs. Bien sûr, il s’agit d’un avis subjectif  et je ne prétends pas l’imposer comme le meilleur, ni comme l’unique.

 

Star Wars episode 7 Le réveil de la force, de son nom français

Star Wars episode 7 Le réveil de la force, de son nom français

En temps que fan incontesté de la saga et plus vastement de « l’univers étendu », plus ou moins officiel, qui l’entoure, j’avais accueilli la nouvelle trilogie comme une formidable nouvelle. Malheureusement, « The force awakens » (de son vrai nom) n’avait vraiment pas été à la hauteur de mes attentes. Il s’était avéré être une sorte de pâle copie sans idées d’« Un nouvel Espoir » (cité plus haut), avec une histoire ressemblant trop à celle racontée dans la trilogie originale (le premier ordre comme un nouvel empire, la résistance comme la nouvelle rébellion, la base Starkiller comme la nouvelle étoile de la mort… et j’en passe). En bref, un schéma narratif déjà vu. Néanmoins, l’intrigue amenait à se poser beaucoup de questions, après visionnage. Cela représentait même peut-être la plus grande qualité du film: donner envie au spectateur d’en savoir plus. Et cela, aussi bien sur l’identité des personnages de Ray (Daisy Ridley) et de Snoke (Andy Serkis), que sur les évènement majeurs survenus dans la galaxie, entre les épisodes 6 et 7 (avènement de la nouvelle république, puis du premier ordre, nouvel ordre jedi…). Le film, en lui même plutôt moyen, avait donc pour mérite de poser un contexte et ainsi un horizon d’attente pour le spectateur, en laissant planer le mystère… et en offrant la possibilité aux fans d’échafauder des théories. Et c’est pour cela que j’attendais énormément de l’épisode 8, qu’il est temps d’aborder, suite à cette remise en contexte.

Les points positifs

Le trailer du second volet laissait entrevoir les prémisses d’un film bien différent de la trilogie originale de Lucas.  Et c’est bien ce que j’ai apprécié: il était temps de faire souffler un vent de nouveauté sur Star Wars. Ainsi, le film parvient à s’affranchir de certains codes et développe une histoire inédite, où on peut encore faire quelques parallèles avec l’épisode 5, mais qui s’avèrent moins gênants (la bataille de Crait, planète minière, ressemble étrangement à celle de Hoth…). L’action et les effets spéciaux sont au rendez-vous et le film comporte quelques scènes grandioses : l’attaque du cuirassé du premier ordre, au tout début du film, et le combat entre Kylo Ren et Rey, face à la garde prétorienne de Snoke, sont très réussis. Les environnements sont également inédits, avec l’apparition de nouvelles planètes intéressantes: Canto Bight, sorte de Las Vegas de l’espace (même si les costumes des humains ne font pas Star Wars et que les créatures nous sont trop inconnues, créant un sentiment de malaise) et Crait, planète minière recouverte de sel, sont vraiment novatrices.

Kylo Ren (Adam Driver)

Dans la rubrique personnages à présent, Rey prend réellement de l’importance et s’oppose à  Kylo Ren/Ben Solo (Adam Driver), méchant toujours en proie au doute. J’ai beaucoup apprécié la connexion qui leur permet de communiquer à distance, grâçe à la force, pouvoir inédit dans la saga.  Le fait que le leader suprême, Snoke, meurt est pour moi une bonne chose, car cela va permettre à Kylo Ren de s’affirmer, en plus de se défausser d’une sorte d’inintéressant alter-ego de Palpatine.

 

Les personnages  de Luke et Leïa sont  omniprésents et les acteurs (Mark Hamill et la regrettée Carrie Fisher) sont toujours excellents même avec le poids des années. J’ai également aimé certains personnages un peu plus secondaires, comme le pilote rebelle Poe Dameron (Oscar Isaac), dans le rôle de la tête brûlée bourrin et badasse, ou le craqueur de code (Benicio del Toro), arnaqueur peu scrupuleux.

Rey (Daisy Ridley)

Les interactions entre Rey et Luke sur la planète refuge de ce dernier (ce que j’attendais presque le plus du film) sont vraiment aboutis. Ils explorent une nouvelle façon d’appréhender la Force : Luke rejette la doctrine et la religion Jedi, selon lui orgueilleuse et vouée à l’échec, en voulant brûler les livres sacrés. Un nouveau rapport qu’il tente d’expliquer à Rey, et qui gagne en légitimité lorsque  maître Yoda lui même revient  à l’état spectral, brûler le temple ancestral. J’ai vraiment apprécié cette nouvelle vision de la Force, qui n’est plus le seul apanage des Jedi ou des Sith, mais un équilibre lumineux-obscur, qui doit être considéré dans sa globalité. En somme, des éléments positifs qui font que j’aurais pu vraiment apprécier les derniers Jedi.

Malheureusement, le film n’a pas que des qualités, bien au contraire. La présence ou le manque d’autres éléments m’a considérablement gêné pour le considérer comme un bon Star Wars, à part entière.

 

Les points négatifs

A présent, voici la liste non-exhaustive des trop nombreux points négatifs qui ont réellement altéré mon ressenti sur le film.

Le leader suprême Snoke, un parfait inconnu

Tout d’abord, il n’exploite pas le potentiel de l’épisode 7. Aucune des questions que je me posais n’a trouvé de réponse, si ce ne sont les parents de Rey, qui s’avèrent être des simples ferrailleurs de Jakku (même si je soupçonne une vérité plus complexe et donc un mensonge de Kylo Ren). Ainsi, on ne sait ni qui est Snoke, ni d’où vient le Premier Ordre, ni qui sont les chevaliers de Ren (entrevus dans la vision de Rey, lorsqu’elle touche le sabre laser d’Anakin, dans l’épisode 7). J’espère être éclairé lors de l’épisode 9, car celui-ci s’avère finalement très pauvre et peu convaincant dans le traitement du passé, par rapport aux théories des fans. On a seulement droit à des flash-back insuffisants,  montrant la confrontation entre Luke et Ben Solo, et la destruction par ce dernier du nouveau temple jedi. Pour moi, le récit des faits passés était pourtant l’un des principaux enjeux du film. Rian Johnson l’a vu d’un oeil différent…

Deuxième principal point négatif: le manque de crédibilité de certaines scènes, que j’ai trouvées insupportables. D’abord la scène de la destruction du cockpit du croiseur de la résistance, (et la mort dans l’anonymat de l’amiral Ackbar !!),  où Leïa est projetée dans l’hyper-espace, mais parvient à se ramener grâce à la force…Soit, admettons. Mais lorsque BB8, droïde astromécano, se mue en sauveur de Finn et Rose, d’abord dans la prison en ligotant et bâillonnant les gardes, puis aux commandes d’un engin bipède du Premier Ordre, dans le hangar du vaisseau de Snoke, s’en est trop. Mais il y a une scène, que j’ai détestée plus encore (et c’est presque un euphémisme): la fuite des deux protagonistes de la ville casino à dos d’animaux étranges, à mi-chemin entre le chat, le cheval et le lapin. C’est juste ridicule, et on se demande si on regarde bien un Star Wars ! De plus, le message est digne d’un mauvais Disney et est complètement hors sujet : Rose et Finn libèrent les bêtes en question dans la nature, elles qui étaient auparavant opprimées, par des méchants dresseurs, et destinées uniquement à faire la course autour d’une piste, au bon plaisir des parieurs. Si aborder la cause animale dans un film, comme les derniers Jedi, peut être intelligent, encore faut-il le faire avec à propos et subtilité. Et ce n’est pas le cas de ce passage, qui devient tout simplement niais, en voulant donner une leçon de morale.

Rose et Finn, deux personnages pas à la hauteur

Troisièmement, la déception, voire le dépit, pour certains personnages. Beaucoup ne m’ont pas plu, que ce soit dans leur actions ou leur nature même. Par exemple, la présence de Chewbacca est quasi anecdotique alors qu’il est l’un des derniers représentants de la prélogie. Finn m’a aussi déçu. Il se révèle être le même stormtrooper, sans épaisseur, devenu « gentil », que dans l’épisode 7 (on n’en apprend pas non plus davantage sur son passé, ni sur son éventuelle maîtrise de la force). Sa love story avec Rose, autre personnage inutile et insupportable, concocté par Rian Johnson, est navrante. Si on pensait que Jar Jar Binks était le pire protagoniste de la saga, on s’était trompé. Je me suis pris à me réjouir, lorsqu’on croit la voir mourir dans les bras de Finn, après lui avoir sauvé la vie et nous avoir débité une dernière réplique profondément stupide. Enfin le capitaine Phasma (Gwendoline Christie), le sbire chromée du Premier Ordre revient… pour mourir quelques instants plus tard, à l’issue d’un duel au corps à corps avec Finn. Une fin bâclée pour un stormtrooper féminin, qui n’avait déjà pas été assez exploitée dans l’épisode 7. Personnellement, c ‘est sans trop de regrets. Je n’appréciais pas trop ce personnage, qui relevait trop du fan service facile et souffrait d’un manque de crédibilité.

Enfin un mot sur l’humour. Après qu’il ait été simplement incarné par Jar Jar dans la prélogie, il revient en force… et en fait parfois trop. La trilogie originale plaçait des traits comiques au bon moment et parvenait à rendre cela naturel (sarcasmes de Han Solo, par exemple). Si certaines situations m’ont fait esquisser un sourire, la plupart sont lourdes et on pourrait s’en passer. D’autant plus, lorsque Maz place un sous-entendu sexuel qui n’a vraiment rien à faire dans Star Wars…

 

Conclusion/ Avis d’ensemble

Cet épisode montre des qualités, mais ses défauts sont trop omniprésents pour pouvoir en faire abstraction. On sent un film s’adressant davantage au grand public et laissant l’avis des vrais fans sur le bas côté. Disney nous propose ainsi une trilogie édulcorée et on n’est pas près de revoir un long-métrage tragique, comme le génial épisode 3 (« La revanche des Sith »).  Il est également évident que la franchise est à la recherche de la pérennité commerciale (les Porgs pour vendre des peluches). Il en faudra beaucoup, dans l’épisode 9, pour me faire changer d’avis, à propos de cette nouvelle trilogie, pour le moment mitigée, que j’ai du mal à assimiler comme appartenant à l’univers canon. Ceci dit, c’était également le cas pour les fans de la première heure ayant vu arriver la prélogie, qui a fini par s’imposer avec le temps. Pour finir sur une bonne note, je trouve que cet opus ne mérite pas le déchaînement de haine, dont il est victime et qu’il est  meilleur que le 7. Il ouvre des perspectives inédites pour le 9, qui sortira en 2019. Et j’ai tout de même hâte…

Jean Pechereau