« Je m’appelle James. J’ai 17 ans. Et je suis presque sûr d’être un psychopathe. », c’est ainsi que débute la série The End of the F***ing world, visible sur Netflix.

C’est sous les traits d’Alex Lawther, déjà acclamé pour sa prestation dans Black Mirror, que James prend vie. Dès les premières secondes du show, il narre ses exploits, synonymes de ses troubles. Le problème de ce héros perturbé est l’absence de sentiments, il ne ressent rien. Pas même la compassion lorsqu’il se vante d’avoir tué le chat du voisin, et par la suite bien d’autres animaux qu’on entraperçoit dans un plan de caméra en plongée, malsain, et où s’alignent les cadavres. Ce n’est pas la seule scène marquée par une esthétique frappante d’une cruauté simple. Mais, James ne se satisfait pas des dépouilles de ses victimes animales, il doit tuer un humain.
C’est Alyssa qui va devenir sa cible ! Alors, James prétend en être amoureux, avant de découvrir qu’Alyssa n’a rien de l’adolescente banale, à laquelle il espérait avoir à faire. Elle le fait mugir d’impatience,  de par sa vulgarité, son aspect de rebelle. Ils découvrent les aléas de la vie de « couple », tandis que James ne cesse de penser au moment où il la tuera. Puis, c’est le déclic.

La triste vie, où sa mère s’est remariée avec un égocentrique, machiste, et un brin luxurieux, où l’attention n’est porté qu’aux jumeaux que sa mère vient d’enfanter, où son père biologique n’a donné signe de vie que par des cartes d’anniversaire bateau, cette vie là fait rayer la raison d’Alyssa. Alors, avec James, qu’elle entraîne dans sa tempête de sentiments, ils fuguent.

Ainsi, c’est l’histoire d’Alyssa et James, lycéens égarés, qui dans leur fuite vont vivre nombreuses péripéties, vont rencontrer de nouveaux individus, vont avoir tort puis raison, le tout dans une légalité chancelante.

L’univers de la série emporte dans son imaginaire des tas de réalités blessantes, et horribles, mais James et Alyssa nous semblent lointains. Ils ne correspondent certainement pas à la normalité, avec leur psychose d’adolescents qui se découvrent, sentiments qu’Alyssa ne comprend pas, sentiments que James n’a jamais connu. C’est bien simple, pour essayer de ressentir quelque chose, James s’est même passé la main dans l’huile bouillante. Les brûlures, qui couvrent sa main, signent son passé tortueux, où malgré un père sympathique et bienveillant, il ne s’accroche qu’au souvenir de sa mère, qui s’est suicidée devant lui.
La série nous entraîne dans un monde qu’on ne peut reconnaître, trop torturé, trop cruel, où se mêlent l’amour et la mort, dans une sexualité confuse. Alyssa représente une demoiselle happée par la société. Interprétée par Jessica Barden, qui sous ses airs de grande farouche, évoque dans ses pensées ses craintes, et ses doutes. Sa confiance en elle n’est supportée que par les sentiments naissants de James. Elle le lui fait ressentir, il est là comme personne n’a jamais été là pour elle.

The End of The F***ing World, créé par Charlie Covell, est inspiré du roman graphique de Charles Forsman, du même nom. On retrouve d’ailleurs, dans la photographie des scènes, cet aspect délirant que peut se permettre le dessin. Tout est calculé, et bien que ce ne soit pas la première fois, Netflix nous offre une nouvelle série superbe dans ses éléments, ses décors, et ses personnages. A cela, s’ajoute une bande son originale, qui remet au goût du jour des chansons des années 50 et 60. Pour les amateurs de chanson française, Françoise Hardy vient même nous charmer dans l’une des scènes. Par ici la playlist musicale de la série, pour tout lecteur du Nelson Times qui voudrait s’inviter dans un univers loufoque, violent et édulcoré, fougueux et calme, aimant et douloureux.
Parce que oui, dans la grossièreté, dans la brutalité, des deux protagonistes, il y a une douceur, une poésie, de l’amour et de la sincérité.

Disponible sur Netflix, depuis ce 5 Janvier, nul doute à avoir quant au succès de la série. Avec ces huit épisodes d’une durée moyenne de 25 minutes, le temps passe vite, et cela semble trop court. Ça l’est sûrement, mais pas de panique, une saison 2 est promise. Pour 2018, Netflix and Chill..?

Pauline Auzuret